{"id":12319,"date":"2021-11-05T11:21:56","date_gmt":"2021-11-05T10:21:56","guid":{"rendered":"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/?p=12319"},"modified":"2021-11-15T20:08:42","modified_gmt":"2021-11-15T19:08:42","slug":"le-diable-nexiste-pas-mohammad-rasoulof","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/en\/2021\/11\/le-diable-nexiste-pas-mohammad-rasoulof\/","title":{"rendered":"Coup de c\u0153ur&#8230; Le diable n&#8217;existe pas de Mohammad Rasoulof"},"content":{"rendered":"<h1>Le diable n&#8217;existe pas de Mohammad Rasoulof<\/h1>\n<figure id=\"attachment_12512\" aria-describedby=\"caption-attachment-12512\" style=\"width: 525px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/lediable120x160franceinter.jpg\" data-lbwps-width=\"1417\" data-lbwps-height=\"1890\" data-lbwps-srcsmall=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/lediable120x160franceinter-225x300.jpg\" data-lbwps-caption=\"Le diable n&amp;#8217;existe pas (c) Pyramide Distribution\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-12512\" src=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/lediable120x160franceinter-768x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"525\" height=\"700\" srcset=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/lediable120x160franceinter-768x1024.jpg 768w, https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/lediable120x160franceinter-225x300.jpg 225w, https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/lediable120x160franceinter.jpg 1417w\" sizes=\"auto, (max-width: 525px) 100vw, 525px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-12512\" class=\"wp-caption-text\">Le diable n&#8217;existe pas (c) Pyramide Distribution<\/figcaption><\/figure>\n<h2>There Is No Evil \u2013 Quatre histoires, un combat<\/h2>\n<p><em>\u00ab \u2013 Qui d\u00e9cide des lois ?<\/em><br \/>\n<em>\u2013 Je ne sais pas. Quelqu\u2019un qui a plus de pouvoir que nous.<\/em><br \/>\n<em>\u2013 Si certaines de ces lois sont impos\u00e9es, pourquoi ne peux-tu pas dire non ?<\/em><br \/>\n<em>\u2013 Si je dis non, ils d\u00e9truiront non vies.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Le Petit Septi\u00e8me continue sa couverture du VIFF \u2013 le Vancouver International Film Festival \u2013 qui s\u2019ach\u00e8ve le 7 octobre. Apr\u00e8s de tr\u00e8s belles d\u00e9couvertes (Moving On,\u00a0Beauty Water, Bad Tales, Siberia), There is no Evil (Sheytan vojud nadarad) du r\u00e9alisateur iranien Mohammad Rasoulof se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre, lui aussi, un magnifique film. Il a d\u2019ailleurs remport\u00e9 l\u2019Ours d\u2019Or \u00e0 la Berlinale 2020. Br\u00fblot politique contre la peine de mort, il surprend au sein du corpus du cin\u00e9ma iranien qui, traditionnellement imbriqu\u00e9 dans les profondeurs de sa soci\u00e9t\u00e9 multiforme, ne nous avait pas habitu\u00e9 \u00e0 t\u00e2tonner une forme plus radicale d\u2019activisme. \u00c0 d\u00e9couvrir absolument donc !<\/p>\n<p>Iran, de nos jours. Heshmat est un mari et un p\u00e8re exemplaire, mais nul ne sait o\u00f9 il va tous les matins. Pouya, jeune conscrit, ne peut se r\u00e9soudre \u00e0 tuer un homme comme on lui ordonne de le faire. Javad, venu demander sa bien-aim\u00e9e en mariage, est soudain prisonnier d\u2019un dilemme corn\u00e9lien.\u00a0Bharam, m\u00e9decin interdit d\u2019exercer, a\u00a0enfin d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9v\u00e9ler\u00a0\u00e0 sa ni\u00e8ce le secret de toute une vie. Ces quatre r\u00e9cits sont inexorablement li\u00e9s. Dans un r\u00e9gime despotique o\u00f9 la peine de mort existe encore, des hommes et des femmes se battent pour affirmer leur libert\u00e9.<\/p>\n<h2>Acte de r\u00e9sistance<\/h2>\n<p>There is no Evil est compos\u00e9 de quatre histoires d\u2019environ trente minutes chacune r\u00e9unissant \u00e0 chaque fois diff\u00e9rents acteurs. Ces histoires sont reli\u00e9es par de m\u00eames d\u00e9nominateurs communs : la peine de mort, le service militaire forc\u00e9 et les ex\u00e9cutions obligatoires faites par les jeunes recrues bizut\u00e9es. Mohammad Rasoulof s\u2019int\u00e9resse aux signes visibles et aux d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par les lois iraniennes sur les individus lambda et leurs familles. Mais l\u2019ordre appelle \u00e0 la r\u00e9volte quand la peur d\u2019un r\u00e9gime appelle \u00e0 la fuite.<\/p>\n<h2>Mohammad Rasoulof<\/h2>\n<p>Les tranches de vie ordinaires que le cin\u00e9aste met en sc\u00e8ne ne s\u2019av\u00e8rent finalement pas si ordinaire car la d\u00e9sob\u00e9issance, la peur, le secret et le sacrifice hantent et rongent les personnages. Ces vies bris\u00e9es il y en a eu, il y en aura encore, dans un pays o\u00f9 la peine capitale court toujours et o\u00f9 l\u2019arm\u00e9e prend part \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution des peines en contraignant les jeunes conscrits \u00e0 faire la sale besogne (c\u2019est du moins ce que le film sugg\u00e8re). Comme le raconte un des soldats dans le film, refuser le service militaire de deux ans, c\u2019est renoncer \u00e0 un passeport, c\u2019est renoncer d\u2019\u00eatre libre de ses mouvements, c\u2019est \u00eatre blacklist\u00e9, c\u2019est accept\u00e9 de vivre cach\u00e9 pour le restant de ses jours. \u00c0 l\u2019inverse, se plier aux ordres et \u00f4ter la vie \u00e0 quelqu\u2019un c\u2019est prendre le risque d\u2019\u00eatre traumatis\u00e9 \u00e0 vie. Tuer ou fuir\u00a0: c\u2019est le dilemme auquel ont \u00e9t\u00e9 ou sont confront\u00e9s les personnages principaux masculins du film.<\/p>\n<p>Ces vies g\u00e2ch\u00e9es montrent toute l\u2019absurdit\u00e9 du syst\u00e8me judiciaire et p\u00e9nitentiaire d\u2019un pays o\u00f9 l\u2019application de la peine de mort est l\u2019une des plus pouss\u00e9es au monde. Il faut le dire tout de suite\u00a0: Mohammad Rasoulof met les pieds dans le plat et s\u2019attaque frontalement \u00e0 ce fl\u00e9au avec une libert\u00e9 d\u2019expression et des dialogues parfois dissidents. Acte courageux\u00a0? Certainement quand on sait que le r\u00e9alisateur a \u00e9t\u00e9 interdit de sortie par l\u2019Iran et n\u2019a pas pu se rendre \u00e0 la Berlinale o\u00f9 son film \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9. Absolument, quand on sait que son pr\u00e9c\u00e9dent film, Un homme int\u00e8gre, lui a valu une peine d\u2019un an de prison, pour cause de \u00ab propagande contre le r\u00e9gime iranien \u00bb et \u00ab atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Le cin\u00e9aste recommence et r\u00e9it\u00e8re. \u00ab Ils n\u2019ont pas le droit de m\u2019interdire toute cr\u00e9ation artistique ou de faire obstacle \u00e0 mon activit\u00e9 artistique. Je ferai tout mon possible pour profiter de mes droits humains, comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 fait jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, et je continuerai \u00e0 le faire. \u00bb, annonce-t-il lors d\u2019une interview (Euronews, 5 mars 2020).<\/p>\n<h2>Ironie<\/h2>\n<p>Les mains li\u00e9es, mais l\u2019esprit libre, Mohammad Rasoulof nous offre un film contestataire mais qui, par effet ricochet, a peu de chance d\u2019\u00eatre visible dans son pays tant la censure de l\u2019Etat est importante en ce qui concerne la distribution des films et l\u2019octroi (ou non) d\u2019un permis de projection. Cette carri\u00e8re artistique malmen\u00e9e par les autorit\u00e9s iraniennes fait penser \u00e0 celle de Jafar Panahi. Ce dernier, alors assign\u00e9 \u00e0 r\u00e9sidence pour des raisons similaires \u00e0 son compatriote, avait interdiction de faire son m\u00e9tier de r\u00e9alisateur. Mais, bravant cette interdiction, il r\u00e9alisait un magnifique film en 2011, Ceci n\u2019est pas un film, dans lequel il imaginait dans son salon la mise en sc\u00e8ne de son projet de film dont le sc\u00e9nario avait \u00e9t\u00e9 censur\u00e9.<\/p>\n<figure id=\"attachment_12514\" aria-describedby=\"caption-attachment-12514\" style=\"width: 525px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/LM-Le-diable-nexiste-pas.jpg\" data-lbwps-width=\"1024\" data-lbwps-height=\"682\" data-lbwps-srcsmall=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/LM-Le-diable-nexiste-pas-300x200.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-12514\" src=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/LM-Le-diable-nexiste-pas-1024x682.jpg\" alt=\"\" width=\"525\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/LM-Le-diable-nexiste-pas.jpg 1024w, https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/LM-Le-diable-nexiste-pas-300x200.jpg 300w, https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/LM-Le-diable-nexiste-pas-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 525px) 100vw, 525px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-12514\" class=\"wp-caption-text\">Le diable n&#8217;existe pas (c) Pyramide Distribution<\/figcaption><\/figure>\n<p>On se demande si le titre Le Diable n\u2019existe pas\u00a0ne renvoie pas au titre Ceci n\u2019est pas un film. Tous deux utilisent la figure de l\u2019ironie pour mieux s\u2019attaquer \u00e0 un r\u00e9gime totalitaire. Ces films r\u00eavant de changer le monde, du moins leur pays, utilisent la seule arme qu\u2019ils ont \u00e0 leur disposition\u00a0: b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un \u00e9clairage dans le reste du monde gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019appui de producteurs, distributeurs et festivals \u00e9trangers pour faire conna\u00eetre la situation dans leur pays. On devine que la coproduction avec deux pays europ\u00e9ens (l\u2019Allemagne et la R\u00e9publique tch\u00e8que) a \u00e9t\u00e9 indispensable \u00e0 l\u2019existence m\u00eame du film Le Diable n\u2019existe pas. Projet banni en Iran, du moins par les autorit\u00e9s au pouvoir, il montre (une nouvelle fois) que la censure peut se retourner contre le censeur et \u00eatre tourn\u00e9e en d\u00e9rision. Les artistes, b\u00e2illonn\u00e9s, ne sont pas pr\u00eats de tirer leur r\u00e9v\u00e9rence.<\/p>\n<h2>Partie 1\u00a0: Le diable n\u2019existe pas (There is no evil)<\/h2>\n<p>Le film dissipe un myst\u00e8re d\u00e8s les premi\u00e8res secondes. On est dans un parc de stationnement souterrain mal \u00e9clair\u00e9; un n\u00e9on clignote. L\u2019ambiance est lugubre. Heshmat, aid\u00e9 par un coll\u00e8gue, transporte un gros colis ressemblant \u00e0 un cadavre. Il s\u2019engage ensuite vers la sortie apr\u00e8s avoir pass\u00e9 des sas de s\u00e9curit\u00e9 imposants. Quel est ce lieu\u00a0? Que fait Heshmat ? Le myst\u00e8re restera entier jusqu\u2019\u00e0 la chute finale r\u00e9v\u00e9lant le m\u00e9tier du protagoniste\u00a0: non pas un bourreau des c\u0153urs, mais un bourreau tout court.<\/p>\n<p>Mais avant cela, le cin\u00e9aste profile des fausses pistes en suivant la vie d\u2019une famille mod\u00e8le dans son train-train qotidien de m\u00e9tro, boulot, dodo : sortie du travail, sortie d\u2019\u00e9cole, supermarch\u00e9, fast food, repos et retour au travail. Heshmat semble un p\u00e8re exemplaire et tr\u00e8s moderne dans sa fa\u00e7on de vivre et d\u2019interagir avec sa famille. Il aide sa belle-m\u00e8re avec les t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res, il prend sa tension et cuisine. Il soutient sa femme dans sa coquetterie et choisit avec elle un colorant pour cheveux dans le rayon du supermarch\u00e9. De retour \u00e0 la maison, il lui teint les cheveux dans une sc\u00e8ne sensuelle et de grande f\u00e9minit\u00e9, si rare dans le cin\u00e9ma iranien, qu\u2019il faut le souligner.<\/p>\n<p>La mise en sc\u00e8ne est sobre. Il y a peu de d\u00e9coupage, cette partie est construite avec une suite de plans-s\u00e9quences. Le r\u00e9alisateur installe alors un climat serein et pos\u00e9 o\u00f9 les conversations priv\u00e9es prennent place dans la voiture et l\u2019appartement, mais aussi dans l\u2019espace public avec les sc\u00e8nes au restaurant et au supermarch\u00e9. Avec la chute finale, Mohammad Rasoulof bouleverse cette banalit\u00e9 en opposant un contrechamp radical \u00e0 cette vie paisible. Derri\u00e8re les apparences, derri\u00e8re cette normalit\u00e9 affich\u00e9e, derri\u00e8re cette vie en symbiose avec la soci\u00e9t\u00e9 iranienne, se cache l\u2019inimaginable voire le mal. De retour au travail, l\u2019homme se pr\u00e9pare calmement un petit d\u00e9jeuner avant d\u2019actionner le bouton pour ex\u00e9cuter plusieurs personnes par pendaison. La vie normale est balay\u00e9e d\u2019un seul coup par un plan glacial et brutal o\u00f9 les pieds gigotent et l\u2019urine coule le long des jambes. Le cin\u00e9aste frappe fort et montre une chaine de commandements d\u00e9shumanis\u00e9e et machinale proche de l\u2019univers d\u2019un abattoir.<\/p>\n<h2>Partie 2\u00a0: Elle dit que tu peux le faire (She said you can do it)<\/h2>\n<p>Cette partie est \u00e9galement suspendue \u00e0 un retournement de situation impr\u00e9visible. Un huis clos s\u2019installe dans une cellule partag\u00e9e par de jeunes recrues du service militaire. Geste politique encore, le cin\u00e9aste s\u2019\u00e9vertue \u00e0 construire un espace exigu et sordide pour donner la vive impression que ces jeunes hommes sont emprisonn\u00e9s. Durant une nuit blanche, on suit les minutes qui pr\u00e9c\u00e8dent une ex\u00e9cution qui doit \u00eatre conduite par Pouya. Anti-h\u00e9ros, il est terroris\u00e9 par cette id\u00e9e et pleure en cachette. Le cin\u00e9aste filme le doute, la peur de donner la mort et, aux d\u00e9tours des dialogues entre les recrues, critique la perversit\u00e9 du service militaire obligatoire.<\/p>\n<p>Cette deuxi\u00e8me partie avance donc la peur au ventre avec de gros plans sur le visage livide du jeune soldat. Puis, lorsqu\u2019il rejoint le couloir d\u2019ex\u00e9cution, la sc\u00e8ne devient presque comique: le soldat est d\u00e9compos\u00e9 alors que le condamn\u00e9 \u00e0 mort, lui, reste droit et calme. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que le film change de registre, allant sur le film de genre. Une tension se met en place avec une bande son compos\u00e9e de percussions saccad\u00e9es, jouant alors la partition de la folie d\u2019un personnage qui d\u00e9cide, en prenant les armes, de se r\u00e9volter contre l\u2019ordre, contre l\u2019arm\u00e9e et contre son pays.<\/p>\n<p>Avec la chute finale que constitue l\u2019\u00e9vasion du soldat, soigneusement pr\u00e9par\u00e9e, le cin\u00e9aste joue encore avec le spectateur apr\u00e8s l\u2019avoir mis sur une fausse piste. Pouya n\u2019avait pas peur de tuer, il avait peur de dire non, passant soudain de la figure de l\u2019anti-h\u00e9ros \u00e0 celle du h\u00e9ros. Sur une chanson traditionnelle italienne, Bella ciao, hymne de la r\u00e9sistance antifasciste, cette partie, v\u00e9ritable ode \u00e0 la libert\u00e9, s\u2019ach\u00e8ve sur les retrouvailles du soldat avec sa fianc\u00e9e, avant de fuir pr\u00e9cipitamment\u00a0: clin d\u2019\u0153il manifeste au couple mythique Bonnie and Clyde.<\/p>\n<figure id=\"attachment_12518\" aria-describedby=\"caption-attachment-12518\" style=\"width: 525px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/photo-4-c-cosmopol-film-gmbh-1.jpg\" data-lbwps-width=\"1024\" data-lbwps-height=\"682\" data-lbwps-srcsmall=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/photo-4-c-cosmopol-film-gmbh-1-300x200.jpg\" data-lbwps-caption=\"Le diable n&amp;#8217;existe pas (c) cosmopol-film-gmbh\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-12518\" src=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/photo-4-c-cosmopol-film-gmbh-1-1024x682.jpg\" alt=\"\" width=\"525\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/photo-4-c-cosmopol-film-gmbh-1.jpg 1024w, https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/photo-4-c-cosmopol-film-gmbh-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/photo-4-c-cosmopol-film-gmbh-1-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 525px) 100vw, 525px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-12518\" class=\"wp-caption-text\">Le diable n&#8217;existe pas (c) cosmopol-film-gmbh<\/figcaption><\/figure>\n<h2>Partie 3\u00a0: Anniversaire (Birthday)<\/h2>\n<p>Javad a enfin r\u00e9ussi \u00e0 avoir une permission de trois jours durant son service militaire et en profite pour aller voir sa fianc\u00e9e qui f\u00eate son anniversaire. Mais \u00e0 quel prix ? Il a d\u00fb tuer un condamn\u00e9 \u00e0 mort.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la ville et la prison, l\u2019action se passe dans la campagne pour cette troisi\u00e8me partie. Dans un bois, Javad se fait beau, quitte son uniforme et s\u2019habille en civil. Ce retour \u00e0 la normalit\u00e9 loin des rumeurs de la ville et des obligations ne sera qu\u2019en apparence. Sa belle-famille est en deuil, il apprendra qu\u2019un tr\u00e8s proche ami de sa fianc\u00e9e (un amant ?) a \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9 puis ex\u00e9cut\u00e9 pour des raisons politiques. Ce secret de famille ne peut plus lui \u00eatre cach\u00e9 alors que l\u2019anniversaire est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par une comm\u00e9moration en m\u00e9moire de cet homme consid\u00e9r\u00e9 comme un fils par la famille. Nouvelle douloureuse, instinct de jalousie, Javad est en col\u00e8re \u00e0 l\u2019id\u00e9e que sa fianc\u00e9e ait pu lui cacher l\u2019existence de cet inconnu. Cette querelle a lieu loin de la maison familiale, dans un espace priv\u00e9 que se fa\u00e7onne le couple dans la nature.<\/p>\n<p>Mais tout bascule \u00e0 nouveau quand la jeune femme dispose une photographie du d\u00e9funt sur l\u2019autel. Javad y reconnait le jeune homme qu\u2019il a tu\u00e9 pour \u00eatre en permission. Triste co\u00efncidence, il fuit dans la for\u00eat et tente de se noyer dans la rivi\u00e8re. Il pleure comme le jeune homme du pr\u00e9c\u00e9dent \u00e9pisode, en col\u00e8re contre lui-m\u00eame d\u2019avoir commis presque malgr\u00e9 lui un tel acte. Si le film prend ici le contour d\u2019une le\u00e7on de vie moraliste, le cin\u00e9aste s\u2019int\u00e9resse au d\u00e9sastre humain g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par un r\u00e9gime autoritaire et insiste sur la fragilit\u00e9 masculine \u00e0 l\u2019\u00e9cran, plut\u00f4t inhabituelle dans le cin\u00e9ma iranien, affaiblissant ainsi le mod\u00e8le patriarcal. Dans cette continuit\u00e9, la belle-m\u00e8re, politis\u00e9e, dans un r\u00f4le de matriarche, conseille Javad de se rebeller contre l\u2019injustice et la dictature : \u00ab\u00a0Le pouvoir c\u2019est de dire non\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il faut souligner la complexit\u00e9 du film qui donne par ailleurs la part belle \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9 et \u00e0 la sensualit\u00e9, qui se d\u00e9gage dans les sc\u00e8nes o\u00f9 le couple est r\u00e9uni\u00a0: quand la fianc\u00e9e se lave dans la rivi\u00e8re, quand Javad la porte et que leurs corps se touchent de facto, quand elle le borde, le r\u00e9conforte et lui nettoie son visage. Alors que toute sexualit\u00e9 est prohib\u00e9e par les autorit\u00e9s iraniennes, comment ne pas voir ces sc\u00e8nes suggestives comme un jeu avec la censure comme le faisait Alfred Hitchcock dans Les Enchain\u00e9s (Notorious) avec une longue sc\u00e8ne de baisers o\u00f9 les l\u00e8vres d\u2019Ingrid Bergman et de Cary Grant ne se touchaient pas plus de trois secondes pour respecter ironiquement le code Hays en application \u00e0 l\u2019\u00e9poque ?<\/p>\n<h2>Partie 4\u00a0: Embrasse-moi (Kiss me)<\/h2>\n<p>Bharam, avec sa compagne, accueille sa ni\u00e8ce \u00e0 l\u2019a\u00e9roport. Le trajet jusqu\u2019\u00e0 la maison sur une bande son dissonante cr\u00e9\u00e9 une sensation d\u2019\u00e9tranget\u00e9 dans la banalit\u00e9 du voyage comme pour nous avertir de ce qui se pr\u00e9pare. Toute cette derni\u00e8re partie exposera en effet la tentative de r\u00e9v\u00e9ler un secret, un lourd fardeau que porte depuis de longues ann\u00e9es Bharam. Mais le sexag\u00e9naire, que l\u2019on d\u00e9couvrira plus tard malade, multiplie, sans y parvenir, les occasions en faisant des excursions avec sa ni\u00e8ce. Dans ces sc\u00e8nes de voiture qui font penser au film Le Go\u00fbt de la cerise (Abbas Kiarostami, 1997), les personnages traversent des zones montagneuses totalement isol\u00e9es et les plans d\u2019ensemble rappellent l\u2019immensit\u00e9 des paysages et la petitesse des histoires humaines.<\/p>\n<figure id=\"attachment_12523\" aria-describedby=\"caption-attachment-12523\" style=\"width: 525px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/photo-7-c-cosmopol-film-gmbh-1.jpg\" data-lbwps-width=\"1024\" data-lbwps-height=\"682\" data-lbwps-srcsmall=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/photo-7-c-cosmopol-film-gmbh-1-300x200.jpg\" data-lbwps-caption=\"Le diable n&amp;#8217;existe pas &amp;#8211; (c) cosmopol-film-gmbh\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-12523\" src=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/photo-7-c-cosmopol-film-gmbh-1-1024x682.jpg\" alt=\"\" width=\"525\" height=\"350\" srcset=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/photo-7-c-cosmopol-film-gmbh-1.jpg 1024w, https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/photo-7-c-cosmopol-film-gmbh-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/photo-7-c-cosmopol-film-gmbh-1-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 525px) 100vw, 525px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-12523\" class=\"wp-caption-text\">Le diable n&#8217;existe pas &#8211; (c) cosmopol-film-gmbh<\/figcaption><\/figure>\n<p>Bharam ne sait pas comment lui dire qu\u2019il est son p\u00e8re. C\u2019est donc sa femme qui l\u2019annonce \u00e0 la jeune femme pour mieux pr\u00e9parer le terrain des explications et de la dispute. Comme Pouya, le jeune soldat de la deuxi\u00e8me partie, Bharam a d\u00e9cid\u00e9 dans sa jeunesse de dire non et de refuser de tuer un condamn\u00e9 \u00e0 mort. Il a pay\u00e9 un lourd tribut pour cela. Banni de l\u2019ordre des m\u00e9decins, il a d\u00fb quitter sa compagne de l\u2019\u00e9poque qui, ils l\u2019apprendront plus tard, attendait un enfant, et se cacher en dehors de la ville tel un clandestin. L\u2019autorit\u00e9 despotique incarn\u00e9e par l\u2019arm\u00e9e n\u2019\u00e9tait sans doute pas suffisante, la pression sociale s\u2019est ajout\u00e9e au destin bris\u00e9 de cette famille. Pour sauver les apparences et ne pas heurter les coutumes, sa compagne n\u2019a pas eu d\u2019autre choix que de faire m\u00e9nage avec son propre fr\u00e8re pour justifier sa grossesse. R\u00e9sister et faire acte de mutinerie a donc demand\u00e9 de la part de Bharam et de ses proches des sacrifices consid\u00e9rables et irr\u00e9versibles. Toutefois, ce h\u00e9ros qui ne veut pas en \u00eatre un, dira \u00e0 sa fille\u00a0: \u00ab\u00a0Si c\u2019\u00e9tait \u00e0 refaire, si je devais encore ex\u00e9cuter quelqu\u2019un pendant mon service, je tournerais \u00e0 nouveau mon arme contre le garde pour m\u2019enfuir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>Critique r\u00e9dig\u00e9e par Bruno Boez, membre du comit\u00e9 de s\u00e9lection longs m\u00e9trages du FIFE<\/em><\/p>\n<p>(Source : <a href=\"https:\/\/lepetitseptieme.ca\/2020\/10\/06\/there-is-no-evil-quatre-histoires-un-combat\/\">https:\/\/lepetitseptieme.ca\/2020\/10\/06\/there-is-no-evil-quatre-histoires-un-combat\/<\/a>)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le diable n&#8217;existe pas de Mohammad Rasoulof There Is No Evil \u2013 Quatre histoires, un combat \u00ab \u2013 Qui d\u00e9cide des lois ? \u2013 Je ne sais pas. 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