{"id":12547,"date":"2021-11-15T12:32:29","date_gmt":"2021-11-15T11:32:29","guid":{"rendered":"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/?p=12547"},"modified":"2021-11-18T18:06:41","modified_gmt":"2021-11-18T17:06:41","slug":"coup-de-coeur-la-femme-du-fossoyeur-de-khadar-ahmed","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/en\/2021\/11\/coup-de-coeur-la-femme-du-fossoyeur-de-khadar-ahmed\/","title":{"rendered":"Coup de c\u0153ur&#8230; La femme du fossoyeur de Khadar Ahmed"},"content":{"rendered":"<h1>La femme du fossoyeur \u2013 Une fable morale \u00e0 Djibouti<\/h1>\n<p><em>\u00ab Ta m\u00e8re est en train de mourir. Je n\u2019ai pas assez d\u2019argent pour la sauver.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_12498\" aria-describedby=\"caption-attachment-12498\" style=\"width: 525px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/LM-La-femme-du-fossoyeur-\u00a9Bufo2021.jpg\" data-lbwps-width=\"1024\" data-lbwps-height=\"576\" data-lbwps-srcsmall=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/LM-La-femme-du-fossoyeur-\u00a9Bufo2021-300x169.jpg\" data-lbwps-caption=\"La-femme-du-fossoyeur-\u00a9Bufo2021\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-12498\" src=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/LM-La-femme-du-fossoyeur-\u00a9Bufo2021-1024x576.jpg\" alt=\"\" width=\"525\" height=\"295\" srcset=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/LM-La-femme-du-fossoyeur-\u00a9Bufo2021.jpg 1024w, https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/LM-La-femme-du-fossoyeur-\u00a9Bufo2021-300x169.jpg 300w, https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/LM-La-femme-du-fossoyeur-\u00a9Bufo2021-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 525px) 100vw, 525px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-12498\" class=\"wp-caption-text\">La-femme-du-fossoyeur-\u00a9Bufo2021<\/figcaption><\/figure>\n<p>Apr\u00e8s sa premi\u00e8re mondiale \u00e0 la Semaine de la critique du Festival de Cannes en 2021, La femme du fossoyeur a fait partie de la s\u00e9lection officielle du TIFF avant de remporter l\u2019\u00c9talon d\u2019or lors de la 27\u00e8me \u00e9dition du Fespaco (Festival panafricain du cin\u00e9ma et de la t\u00e9l\u00e9vision de Ouagadougou), r\u00e9compensant une \u0153uvre humaniste et engag\u00e9e, entre fable po\u00e9tique et histoire d\u2019amour, sur fond de d\u00e9tresse sociale.<\/p>\n<p>Projet d\u00e9velopp\u00e9 dans le cadre de la Cin\u00e9fondation, la R\u00e9sidence du Festival de Cannes, et soutenu notamment par la France via l\u2019Aide au cin\u00e9ma du monde, le r\u00e9alisateur finno-somalien Khadar Ayderus Ahmed signe avec La femme du fossoyeur un premier long m\u00e9trage. Le film raconte la vie d\u2019un couple amoureux, Guled et Nasra, vivant dans les quartiers pauvres de Djibouti avec leur fils Mahad. L\u2019\u00e9quilibre de leur famille est menac\u00e9 car\u00a0Nasra souffre d\u2019une grave maladie r\u00e9nale et doit se faire op\u00e9rer d\u2019urgence. L\u2019op\u00e9ration co\u00fbte cher\u00a0et Guled, qui travaille comme fossoyeur, ne gagne pas suffisamment. Un long p\u00e9riple \u00e0 travers le d\u00e9sert pour demander le soutien de sa famille l\u2019attend, laissant alors, \u00e0 contre-c\u0153ur, femme et enfant dans une situation pr\u00e9caire.<\/p>\n<h2>Profession\u00a0: fossoyeur<\/h2>\n<p>H\u00e9ros ordinaires, histoire simple, qu\u00eate \u00e9l\u00e9mentaire, mis en sc\u00e8ne \u00e9pur\u00e9e : sous ces apparences, La femme du fossoyeur embarque un dispositif proche d\u2019un conte dramatique qui cache une profonde humanit\u00e9 et une description attentive des maux de la soci\u00e9t\u00e9 africaine.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mon but est de donner une voix \u00e0 ceux qu\u2019on n\u2019entend pas et qu\u2019on ne voit pas, ceux qui ne sont jamais reconnus ou dont la contribution \u00e0 leur soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est jamais valoris\u00e9e\u00a0parce qu\u2019ils ont apparemment moins ou parce qu\u2019ils &#8220;n\u2019en valent pas la peine&#8221;.<\/p>\n<h2>Khadar Ayderus Ahmed<\/h2>\n<p>Les premi\u00e8res images nous plongent directement dans la r\u00e9alit\u00e9 inqui\u00e9tante de Djibouti, ancienne colonie fran\u00e7aise, dont les conflits arm\u00e9s et les instabilit\u00e9s politiques depuis la d\u00e9colonisation ont min\u00e9 ce micro-\u00c9tat et les populations locales. Le tournage sur le terrain, loin du confort d\u2019un studio de tournage, nous fait toucher ici par le jeu de la fiction \u00e0 une Afrique imbriqu\u00e9e dans un mod\u00e8le de vie traditionnel et emp\u00each\u00e9e par la pauvret\u00e9, les in\u00e9galit\u00e9s et les guerres qui s\u2019abattent sur les petites gens. Ce film rappelle tristement les h\u00e9ros ordinaires de Timbuktu (Abderrahmane Sissako, 2014), de Va, vis et deviens (Radu Mihaileanu, 2005), d\u2019Atlantique (Mati Diop, 2019), et du documentaire En route pour le milliard (Dieudo Hamadi, 2020)\u00a0: personnages malmen\u00e9s et maltrait\u00e9s qui font acte de r\u00e9silience face aux pressions et injustices hors de leur contr\u00f4le.<\/p>\n<p>Muni de sa pelle, son pr\u00e9cieux outil de travail, Guled, le fossoyeur, court apr\u00e8s les ambulances dans l\u2019espoir d\u2019enterrer des morts et se faire un peu d&#8217;argent. Lui et ses coll\u00e8gues attendent impatiemment les morts, tels des rapaces, et proposent un service fun\u00e9raire exp\u00e9ditif, tr\u00e8s bon march\u00e9, pour les familles sans le sou. Pauvre et volontaire, il parvient \u00e0 transcender ses conditions de vie calamiteuses par une grandeur morale\u00a0: plut\u00f4t que de sombrer et de baisser les bras, il est r\u00e9solu \u00e0 sauver la femme qu\u2019il aime et tente le tout pour le tout en traversant une \u00e9tendue d\u00e9sertique et montagneuse afin de rejoindre son village natal, un lieu o\u00f9 il est, depuis son d\u00e9part, persona non grata.<\/p>\n<h2>Mahad (Khadar Abdoul-Aziz Ibrahim), au chevet de sa m\u00e8re.<\/h2>\n<p>Le sens du sacrifice n\u2019est heureusement pas trait\u00e9 dans une figure de style hollywoodienne. Khadar Ayderus Ahmed prend le temps de d\u00e9velopper la complexit\u00e9 de la d\u00e9tresse familiale\u00a0dans son milieu naturel et dissipe les effets agr\u00e9ables d\u2019une dramaturgie solide sur le spectateur. La mauvaise nouvelle \u2013 sans op\u00e9ration urgente, Nasra est condamn\u00e9e \u00e0 mourir \u2013 conduit les personnages \u00e0 des actes de bravoure\u00a0: le fils, adepte de l&#8217;\u00e9cole buissonni\u00e8re, soutient sa m\u00e8re pendant l\u2019absence du p\u00e8re\u00a0et cherche \u00e0 r\u00e9unir l\u2019argent pour l\u2019op\u00e9ration ; la m\u00e8re, souffrante, garde sa dignit\u00e9 et son allure coquette\u00a0; la femme m\u00e9decin de l\u2019h\u00f4pital plaide la cause de sa patiente d\u00e9pourvue de moyen financier\u00a0; le p\u00e8re tente de renouer avec sa famille qui l\u2019a rejet\u00e9. Les personnages \u00e9voluent entre des d\u00e9cors urbains extr\u00eamement rudimentaires, formant un bidonville du quartier Balbala (dont l\u2019\u00e9cole incarne une image de r\u00e9sistance de par sa pr\u00e9sence), le d\u00e9cor d\u2019un h\u00f4pital moderne qui facture trop cher les soins sans conscience de la pauvret\u00e9 environnante et la beaut\u00e9 dangereuse des d\u00e9cors arides qui se dressent en dehors de la ville de Djibouti. Une des r\u00e9ussites du film est d\u2019ins\u00e9rer dans ces d\u00e9cors, inhospitaliers, une intimit\u00e9 et une sensibilit\u00e9 envo\u00fbtantes, par exemple dans les sc\u00e8nes de bain et de coucher dans le foyer familial.<\/p>\n<h2>Exode rural<\/h2>\n<p>Chavirant entre la vie et la mort, entre un monde qui s\u2019enlise (les quartiers pauvres de Djibouti, la mort probable de la m\u00e8re, la destruction annonc\u00e9e de l\u2019unit\u00e9 familiale) et un monde qui s\u2019efforce de renaitre de ses cendres (la r\u00e9demption du fils, le sauvetage de la m\u00e8re, l\u2019instruction dans une \u00e9cole d\u2019un bidonville, les retrouvailles de Guled avec ses racines), le film d\u00e9crit une autre r\u00e9alit\u00e9\u00a0: l\u2019exode rural. Il a conduit Guled \u00e0 quitter son petit village natal o\u00f9 il \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 devenir et rester berger. Le r\u00eave d\u2019\u00e9mancipation dans la ville, lieu de tous les possibles pour se d\u00e9tacher de son rang social, l\u2019a convaincu, comme tant d\u2019autres, \u00e0 tenter sa chance ailleurs. Cette ambition est rest\u00e9e n\u00e9anmoins au stade d\u2019une chim\u00e8re et le retour au village, sans le sou, devient le signe de l\u2019\u00e9chec et de la honte pour Guled. Il y perd une bonne partie de sa dignit\u00e9 en implorant les siens, aussi pauvres que lui, pour r\u00e9cup\u00e9rer son troupeau de ch\u00e8vres qu\u2019il a d\u00e9laiss\u00e9 avant de partir \u00e0 la ville.<\/p>\n<figure id=\"attachment_12500\" aria-describedby=\"caption-attachment-12500\" style=\"width: 525px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/The_Gravediggers_Wife_4_photo_Arttu_Peltomaa_\u00a9Bufo2021-1-1024x576-1.jpg\" data-lbwps-width=\"1024\" data-lbwps-height=\"576\" data-lbwps-srcsmall=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/The_Gravediggers_Wife_4_photo_Arttu_Peltomaa_\u00a9Bufo2021-1-1024x576-1-300x169.jpg\" data-lbwps-caption=\"La femme du fossoyeur \u00a9Bufo2021\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-12500\" src=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/The_Gravediggers_Wife_4_photo_Arttu_Peltomaa_\u00a9Bufo2021-1-1024x576-1-1024x576.jpg\" alt=\"\" width=\"525\" height=\"295\" srcset=\"https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/The_Gravediggers_Wife_4_photo_Arttu_Peltomaa_\u00a9Bufo2021-1-1024x576-1.jpg 1024w, https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/The_Gravediggers_Wife_4_photo_Arttu_Peltomaa_\u00a9Bufo2021-1-1024x576-1-300x169.jpg 300w, https:\/\/festivalfilmeduc.net\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/The_Gravediggers_Wife_4_photo_Arttu_Peltomaa_\u00a9Bufo2021-1-1024x576-1-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 525px) 100vw, 525px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-12500\" class=\"wp-caption-text\">La femme du fossoyeur \u00a9Bufo2021<\/figcaption><\/figure>\n<p>Mais, tout est affaire de morale et de tradition dans ces contr\u00e9es et la d\u00e9tresse de Guled se heurte au conseil du village organis\u00e9 autour d\u2019un grand arbre. C\u2019est finalement le chef du village, le sage, qui tranche et choisit de pr\u00e9server l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du village. Le h\u00e9ros paie lourdement sa d\u00e9cision d\u2019avoir tourn\u00e9 le dos \u00e0 sa famille, le privant de tout espoir de venir en aide \u00e0 sa femme mourante. Le film prend ainsi dans sa derni\u00e8re partie le contour d\u2019une fable morale. Dans une derni\u00e8re tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, Guled vole le troupeau et s\u2019enfuit dans les montagnes, avant d\u2019\u00eatre retrouv\u00e9 par son fr\u00e8re et ses amis qui le battent \u00e0 mort.\u00a0L\u2019ironie de l&#8217;histoire est de voir le corps du p\u00e8re transport\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re d\u2019un 4&#215;4 en direction de Djibouti. On devine qu\u2019il se dirige du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019h\u00f4pital o\u00f9 attendent ses coll\u00e8gues fossoyeurs les morts \u00e0 enterrer, cl\u00f4turant alors le film l\u00e0 o\u00f9 il a commenc\u00e9 en refusant tout happy end.<\/p>\n<p><em>Critique r\u00e9dig\u00e9e par Bruno Boez, membre du comit\u00e9 de s\u00e9lection longs m\u00e9trages du FIFE<\/em><\/p>\n<p>(Source : <a href=\"https:\/\/lepetitseptieme.ca\/2021\/11\/16\/la-femme-du-fossoyeur-une-fable-morale-a-djibouti\/\">https:\/\/lepetitseptieme.ca\/2021\/11\/16\/la-femme-du-fossoyeur-une-fable-morale-a-djibouti\/<\/a>)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La femme du fossoyeur \u2013 Une fable morale \u00e0 Djibouti \u00ab Ta m\u00e8re est en train de mourir. 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