"On va grandir." Les enfants de deux écoles voisines se querellent, c’est le thème du film réalisé par des enfants du Centre socioculturel de Saint-Etienne du Rouvray et projeté, hier samedi 7 décembre, dans le cadre de la 15ème édition du festival international du film d’éducation. Ils simulent une "guerre des écoles" bien moins violente que celle "des boutons", et une fois la paix faite, ils se demandent ce qu’ils vont faire. Ils vont grandir. Ce pourrait être le mot d’ordre de ce festival.

Chaque année, les élèves de l’option ou de la spécialité cinéma du lycée Senghor viennent interviewer des réalisateurs, des producteurs, diverses personnalités de l’industrie cinématographique. Pour Agnès Prévelle, professeur-documentaliste et de cinéma qui participe à leur encadrement, "c’est pour eux un instant fondateur", où ils affinent leur goût, leur culture, leur orientation vers des études artistiques ou davantage techniques, mais aussi où ils comprennent l’importance d’apprendre par les pairs, de travailler en équipe, "en temps réel" puisqu’ils doivent voir un film, préparer une interview, la tourner, la monter, la mettre en ligne le lendemain au plus tard…

Les images du festival ne sont pas toutes aussi optimistes. Irvin Anneix a confié des caméras à des adolescents qui se filment s’adressant à leur moi futur, à eux-mêmes dix ans plus tard. Une jeune fille, harcelée, hantée par des idées suicidaires, demande à son autre ego de "ne pas oublier" combien "c’était vraiment dur". Mais non, ajoute-t-elle, "t’es pas moche", "il y a plein d’espérance". Et une autre jeune fille, s’adressant autant à son avatar qu’à elle-même, s’en convainc, "tu vas le faire !". Et cette autre, ou cet autre, qui envisage son changement de sexe, et qui s’est filmé.e maison vide, pour que ses parents n’en sachent rien, a finalement accepté que son auto-portrait soit posté sur YouTube, pour que d’autres que lui.elle sachent qu’ils ne sont pas seuls.

Le festival d’Evreux offre chaque année, par le choix de ses programmateurs, une image-reflet de l’enfance et des jeunes d’aujourd’hui, qui affrontent, si l’on en croit cette 15ème édition, des moments très durs, et qui sont en quête du soutien de leurs pairs avec bon espoir de les surmonter, de "trouver la force de vivre", ou "de survivre". Ces jeunes construisent leur avenir, qui grandissent, mais ils comptent plus sur eux-mêmes et sur leurs pairs que sur les adultes - parents, enseignants -, pour y parvenir. Faut-il s'en réjouir ou s'en désoler ?

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